contact expedition sur place Inmarsat 00 871 763 190 634 - email ultima@centre-terre.fr
Communiqué de presse
Dossier de presse
Photos
Vidéo broadcast

L'équipe Ultima Patagonia 2008

 

> TÉLÉCHARGER LE .DOC

> PHOTOS PRESSE

FRANCE/CHILI : EXPÉDITION ULTIMA PATAGONIA 2008

Importantes découvertes, à mi-parcours de l’expédition

Île Madre de Dios, 2 février 2008.

À mi-parcours de l’expédition d’exploration géographique et spéléologique sur l’île de Madre de Dios (archipel de Patagonie, Chili), située sous les 50e Rugissants, le bilan des découvertes est spectaculaire. Plusieurs cavités nouvelles ont été explorées, totalisant 2500 m  de galeries topographiées, notamment des résurgences de rivières souterraines, des abris avec des vestiges d’occupation humaine, et l’étude de la grotte de la Baleine a enfin pu commencer. 

Cette grotte géante, qui s’ouvre six mètres au-dessus du niveau de la mer, sur la « côte sauvage » de Madre de Dios, contient un véritable cimetière marin et notamment les restes d’au moins six cétacés. Pour tenter d’élucider ce mystère, spéléologues, karstologues et géologues ont été pu observer à deux reprises la grotte, qui avait été découverte par une précédente expédition Ultima Patagonia en 2000, et revue rapidement en 2006. Un ossement de baleine prélevé alors a pu être daté de 3150 ans ±30 (LSCE), relançant les nombreuses hypothèses : variations du niveau de la mer, enfoncement de l’île à une certaine époque, voire un tsunami… Elle a enfin pu être atteinte, non sans mal, par voie de terre et par canot pneumatique, après cinq échecs. 

Accident

La première tentative terrestre, partie le 20 janvier, avait dû stopper après une longue journée de marche suite à un accident survenu à Serge Caillault, le photographe de l’expédition, qui est tombé dans un puits de six mètres caché par la végétation et des blocs instables. Grâce à la logistique de l’expédition, et la parfaite maîtrise des opérations de secours possédées par les spéléologues de l’expédition, dirigée par Bernard Tourte, président adjoint de la Fédération française de Spéléologie, et conseiller technique secours national, Serge a pu être évacué en 48 heures et rejoindre le camp de base, à la mine de Guarello, où les premiers soins lui ont été prodigués, grâce à la liaison satellite avec le service médical du CCMN (centre de consultation maritime national) de Toulouse. Malgré sa fracture du bras et une foulure au pied, il a pu revenir en sept heures, escorté par l’équipe. Il sera évacué prochainement vers la France.

Des os de baleine 38 m au-dessus de la mer

Le 28 janvier 2008, une équipe composée du spéléo biologiste Franck Bréhier, du géologue Joël Despain, du karstologue Richard Maire, et du cinéaste Luc-Henri Fage, a pu atteindre la grotte après deux jours de recherche d’itinéraire à travers la forêt magellanique souvent impénétrable, les massifs calcaires truffés de crevasses, et les anciennes vallées glaciaires. L’exploration s’est réalisée le troisième jour, après une vertigineuse descente dans une pente très inclinée recouverte de végétation, puis par une descente sur corde de 40 mètres le long de la falaise qui domine l’orifice de la cavité. C’est au cours de cette descente que les explorateurs ont eu la surprise de découvrir, sur une vire dominant de 30 mètres la grande salle, des ossements de baleine. Jusque-là, les ossements s’étageaient dans la grotte entre +5 m et +9 m par rapport au niveau de la mer, en liaison avec d’anciennes plages marines. Cette découverte bouleverse toutes les hypothèses précédemment émises. Un échantillon d’os a été prélevé, sa datation permettra sans doute de conclure : s’il a le même âge que celui daté en bas dans la salle, il faut envisager un cataclysme du genre tsunami. S’il est beaucoup plus ancien, il faudra supposer qu’à une époque froide du Quaternaire, l’île s’est enfoncée d’une quarantaine de mètres dans le magma terrestre, sous le poids du manteau de glace, chiffre jusqu’ici inconnu dans cette région du globe.

Fin troublant : deux abris-sous-roche ont été repérés avec des vestiges de surface prouvant une utilisation par l’homme : ossements d’oiseaux de mer et de ragondin, tessons de verre de facture ancienne ayant servi d’outils, et surtout traces de foyers. Des naufragés ? Des Alakalufs ? Où allaient-ils ? Chasser des otaries ? Echappaient-ils à l’océan ? 

Découverte de grotte à habitat humain

L’ouverture d’un accès terrestre, pour difficile qu’il est, crée une échappatoire pour une équipe venue par mer en canot pneumatique, et qui y serait coincée par une brusque dégradation de la météo, fait courant dans cette région. On peut donc enfin lancer des équipes par mer, ce qui a été réalisé le 1er février, après deux autres tentatives avortées devant la force de la houle amplifiée par les nombreux récifs qui bordent cette côte sauvage de falaises calcaires, parfois hautes de 500 mètres.

Deux équipes à bord du Bombard BD550, propulsé par un moteur de 70cv, et piloté par Bernard Tourte. L’une va se jeter à la mer à une dizaine de mètres de la grotte de la Baleine, l’autre forte de deux spéléologues va explorer une plage de sable fin plus au sud. Devant les trains de vagues incessants, leur débarquement est encore plus problématique. Le DB550 enfonce son hélice dans le sable, sort avec difficulté du piège aquatique, tandis que les deux hommes courent déjà vers leurs objectifs : une série de porches sombres qui trouent la base des falaises. Ils identifient rapidement deux cavités d’où sortent de puissantes rivières d’eau glacée : les premières résurgences des eaux souterraines qui drainent les massifs calcaires de Madre de Dios !

Mais la découverte la plus étonnante se situe dans une cavité basse, ouvrant sur un confortable abri-sous-roche : là, une profusion d’ossements de baleine ont été aménagées en cercle par des hommes pour délimiter un espace circulaire, qui semble correspondre à une hutte des Alakaluf, les Nomades de la mer qui vivaient de la chasse de mammifères marins et de coquillages depuis des millénaires dans les Archipels de Patagonie chilienne. Ainsi, semble être mis en évidence une piste des Alakaluf à travers l’île, entre un seno (fjord) où l’expédition 2000 a trouvé une sépulture de cinq individus datée de 250 ans et la plage de la grotte de la Baleine, d’où les Alakaluf pouvaient attendre une rare éclaircie pour chasser les loups de mer et les phoques à fourrure sur les îlots proches de la côte. Nous qui croyions être les premiers explorateurs de l’intérieur de l’île venons de trouver les preuves que l’Homme n’avait pas attendu notre visite…

Pendant ce temps, le karstologue Stéphane Jaillet (CNRS), l’hydrométrologue Laurent Morel (Univ. Lyon) et le karstologue Richard Maire (DR CNRS, responsable scientifique d’Ultima Patagonia) ont réalisé le plus long séjour dans la grotte de la Baleine, soit cinq heures (!) Un temps très court pour mener à bien deux études. La première visant à mesurer précisément avec un matériel de topographe les hauteurs des différents niveaux de la grotte par rapport à la mer, et à commencer une cartographie détaillée situant précisément les restes de baleines (crânes, côtes, vertèbres…). Il apparaît que le sol de la grande salle, longue de 250 mètres pour une largeur moyenne de 40 mètres, soit demi-stade de football, s’étage entre +5 et +10 mètres par rapport au maximum de la marée, sans oublier les ossements perchés sur la vire à +37 m. Nous sommes donc très largement au-dessus des fluctuations de 5 mètres du niveau isostatique, c’est-à-dire des variations relatives du niveau de la mer suite à la surrection de l’île après la fonte des glaciers… Bref, le mystère continue. De plus amples observations seront réalisées, pour chercher dans les entrées de cavités situées vers le niveau +40 des marques d’encoches marines creusées par le battement des vagues.

2500 m de réseaux souterrains explorés

Une vingtaine de cavités nouvelles ont été découvertes, explorées, et topographiées. La plus intéressante a été baptisée Perte du Masque, en raison d’une curiosité naturelle due à l’érosion de l’eau sur une paroi qui évoque un masque humain. Elle s’ouvre sur l’île de Guarello, et absorbe le trop-plein de trois lacs creusés par les anciens glaciers. Plus d’un kilomètre de galeries et de puits interconnectés ont été topographiés. D’autres secteurs encore vierges de prospection spéléologique ont livré de multiples gouffres, certains encore en cours d’exploration, jusqu’à la cote –130 m. Il reste encore de larges parties calcaires de Madre de Dios non explorées… 

Programme de février

Dans quelques jours, une partie des spéléologues rentre en France tandis qu’une équipe fraîche comprenant des scientifiques et des spéléos chiliens, vient renforcer ceux qui restent deux mois. Février sera le moment d’étudier la biologie, de plonger les résurgences, de continuer les explorations spéléologiques et de continuer à comprendre le mystère de la Baleine.

Sur le plan ethnoarchéologique, la présence d’une archéologue chilienne va permettre d’étudier les sites découverts en 2006 et notamment la grotte du Pacifique avec ses 50 représentations pariétales, au charbon de bois ou à l’ocre, et son sol composé des restes alimentaires d’un groupe Alakaluf, mais aussi trois grottes avec des sépultures trouvées sur les rives d’un fjord ouvert sur la mer, le Barros Luco.

Nous espérons également élucider la question des chasses sur le front océanique, grâce à la visite d’une délégation de trois des derniers Alakaluf, qui vivent aujourd’hui à Puerto Eden, situé 200 km au nord de Madre de Dios, et l’un des deux points habités des Archipels, l’autre étant la mine de calcaire de Guarello où nous avons notre camp de base ! L’un des Alakaluf est né à Madre de Dios, et peut-être la mémoire orale de ce peuple quasiment disparu conserve-t-elle le souvenir de ces chasses par-delà les montagnes…

 

Luc-Henri Fage

 

www.centre-terre.fr

 

© association loi 1901 Centre Terre - Pasquet - 33760 Escoussans